« On écrit toujours pour exprimer un indicible. » Jean-Luc Coudray

 

« L’Église de France est en crise ! Les chrétiens sont toujours là, mais ils ne viennent plus dans les églises. Les quelques prêtres qui restent, courent de paroisse en paroisse, transformés peu à peu en fonctionnaires du mariage et de l’enterrement à la chaîne (quel bonheur quand quelques rares baptêmes viennent rompre cette routine). »

« Pourtant l’évangélisation de notre pays a bien été réalisée. La pensée chrétienne imprègne nos rêves les meilleurs et la foi est partout, foi en l’homme, foi en l’avenir, foi en soi, mais aussi foi en Dieu. cette évolution a propulsé cette foi en Dieu hors des images convenues, hors de tous les catéchismes, hors de la loi, et souvent, et surtout, hors de l’Église. À tel point qu’elle semble aujourd’hui invisible, tant aux yeux des sceptiques qu’à ceux des croyants traditionnels et curieusement de ceux-là même qui en sont illuminés. »

« Jean-Luc Coudray nous parle du Jésus de cette Foi là, de ce Messie des âges nouveaux, qui nous parle par les voies qu’il choisit lui-même, non pas en fonction de la justice humaine sociale, mais en vertu d’un choix totalement, comment dirais-je… artistique, c’est à dire, énigmatique, parfois clair, parfois obscur, conforme ou dérangeant. »

« Jean-Luc Coudray n’essaie jamais d’imaginer un Christ historique, Saint-Sulpicien, jamais ne l’effleure non plus la tentation du sarcasme ou de la condescendance… En fait c’est l’aspect christique de l’âme talentueuse de Jean-Luc Coudray qui s’expose là. Avec une modestie brûlante comme un soleil, il lance ses paraboles dans l’espace courbe de l’an 2001, le dessinateur, lui, se laisse porter par ce feu elliptique et livre quelques planches Mœbiusiennes, mises en couleurs avec les pinceaux électroniques de Photoshop comme si soudain l’esprit saint choisissait les nouvelles technologies pour souffler là où il veut… »

Jean Giraud-Mœbius – Préface de « 2001 après Jésus-Christ-Tranche de Christ » – Éditions Stardom – 2000

 

 

« Ce livre a été l’occasion d’une véritable rencontre avec lui. Nos séances de dédicace sont devenues des échanges entre nous, totalement jubilatoires, où nous nous servions des pages de dédicace pour un dialogue texte/dessin improvisé où nous réinventions, dans un délire de toute puissance, les vérités théologiques et les représentations de Jésus. Mœbius avait cette capacité de ne se refuser aucun délire de la pensée, tout en retombant sur ses pieds. Je ressentais qu’il comprenait à demi-mot mes propres inventions, et pouvait les prolonger dans des directions nouvelles. J’ai rarement ressenti cette compréhension de mes points de vue métaphysiques, produits de mes préoccupations intérieures, et cela me stimulait. Nous avons eu des dialogues dont je ne saurais rien rendre, car ils n’étaient pas propres à se graver dans la mémoire. Oubliant évidemment que nos dédicaces s’adressaient à des gens, nous nous répondions d’un livre à l’autre, tout en discutant entre nous. Nous étions dans le même monde, à condition de discourir de l’autre monde. »

« On écrit toujours pour exprimer un indicible. Quand cet indicible tombe sur un terrain fécond, par la rencontre avec un artiste de l’ampleur de Mœbius, c’est une chance unique. Cela confirme la signification de ce que l’on tente de dire, alors qu’il y a rarement, dans d’autres circonstances, de retour satisfaisant. Je tiens donc à témoigner que la fécondité de mon échange avec Mœbius a dépassé la relation purement artistique. Ce fut un échange humain, amical et intellectuel, mais qui a pu se faire, étrangement, par la médiation du Christ. Or, nous ne sommes pas plus chrétiens l’un que l’autre. Mais l’image de Jésus a été une sorte de point d’orgue, de lieu de transcendance, fauteuil sublime où nous sommes rencontrés.”

Extrait de La rencontre par le sacré (par Jean-Luc Coudray) – EO, le Blog

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2 réflexions sur “« On écrit toujours pour exprimer un indicible. » Jean-Luc Coudray

  1. Merci de faire partager un extrait de ce texte inédit que Jean-Luc Coudray a écrit après la disparition de Mœbius et où il détaille sa « rencontre » avec cet auteur majeur.

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