Cabaret Mystique 16 • Trois histoires de sagesse

 

1) Un Maître Zen, sage, saint, agonise. Ses disciples le supplient :
– Maître, dites-nous vos dernières paroles !
Et le moine, avant de lancer son dernier soupir, crie :
– Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir !

En réalité ce n’est pas le Maître Zen, dans son essence, qui ne veut pas mourir, mais chacun des ses quatre égos. Lui, il est un être qui à réalisé sa conscience cosmique, et qui observe son corps et ses trois autres centres, de manière objective. Il laisse son corps s’exprimer : “Je ne veux pas vieillir, je ne veux pas pourrir,  je ne veux pas cesser d’être matière”. Il laisse son centre intellectuel protester : “Je ne veux pas me séparer de mes mots, je ne veux pas me submerger dans le néant, je ne veux pas cesser d’être”. Il laisse son centre émotionnel se plaindre : “Je ne veux pas cesser d’être aimé, je ne veux pas lâcher les liens qui m’attachent à tant d’êtres et de choses aimés”. Il laisse son centre sexuel s’exclamer: “Je ne veux pas perdre le pouvoir, je ne veux pas ne plus désirer, ne plus créer”… Ces quatre parties du Maître ne sont pas le Maître : celui-ci accepte mourir en toute quiétude car il sait que tout est éphémère, que tout est illusion, que tout a la qualité des rêves. En vérité il a outrepassé les frontières de ses quatre Moi et il est parvenu à la conscience impersonnelle. Il ne s’identifie ni à son corps ni a ses trois centres, il ne veut pas obtenir quelque chose ni être quelque chose, peu lui importe d’être considéré comme un Maître, le Zen lui importe peu, il ne lui importe pas d’être admiré, il ne lui importe pas qu’on se souvienne de lui. L’unique chose qui lui importe c’est d’être ce que cet être impensable qu’on appelle Dieu veut qu’il soit. Alors qu’il lance son dernier soupir, il fixe la totalité de son attention en ce quelque chose immensément mystérieux, ce terrain inconnu, qui a été lui-même, et se submerge dans la lumière éternelle.

2) Dans un champ où pousse un bosquet d’arbres fruitiers, arrive une foule pour manger leurs fruits. Les arbres ainsi dépouillés, ne peuvent se reproduire et le terrain menace de devenir un désert. Le roi donne alors l’ordre que ses sujets cessent de manger des fruits. Les arbres poussent, se reproduisent, mais comme personne ne mange leurs fruits, ils se dessèchent.

Une vérité est seulement utile à un moment donné, mais n’est pas utile pour toujours. Les sujets auraient dû manger les fruits pendant un certain temps et ensuite cesser de le faire pour donner une chance aux arbres de pousser. Les idées sont dites à une date précise et à un endroit précis. Elles servent durant une période historique et ensuite, si on ne les abandonne pas, elles deviennent de monstrueux parasites qui empêchent le développement de l’humanité. Par exemple, les familles transmettent aux nouvelles générations beaucoup d’anciennes vérités qui, obsolètes, sont devenues nuisibles.

3) L’obscurité se présente devant Dieu et se plaint :
– La lumière me poursuit, elle me blesse.
Dieu lui répond :
– J’appellerai la lumière pour qu’elle s’explique.
Quand la lumière arrive, l’obscurité disparaît.

Grâce à cette histoire mous pouvons comprendre l’énigmatique phrase que disent les Maîtres Zen: “Si tu me cherches, tu ne me trouves pas. Si tu ne me cherches pas, tu me trouves”. Nous tous, ayant subi les anciennes vérités transmises par la famille, la société, la culture, nous nous sentons incomplets. Nous avons l’impression de vivre dans des oubliettes mentales. Mais le cerveau est infini, composé des millions et des millions de neurones, dont nous n’utilisons que quelques-uns durant à l’état de veille. L’union des ces quelques neurones forme notre individualité limitée. Nous vivons sans savoir ce que nous sommes réellement. Pour nous connaître nous devons partir à la conquête des ces régions mystérieuses qui forment notre véritable être. Si nous sommes patients et persévérants, les neurones commencent à s’unir, formant des réseaux de plus en plus vastes, nous faisant vivre librement au milieu d’un univers infini.
Mais, comme l’obscurité de notre histoire, ceci nous effraie, car la libération mentale provoque la mort de notre individualité quotidienne. Nous sommes habitués à dire “moi je suis moi”, “moi je pense toujours ceci, je sens ceci, je désire ceci, j’ai besoin de ceci”, nous nous sentons en sécurité, de certaine manière, car nous croyons nous connaître. S’éveiller vers l’inconnu que nous sommes provoque en nous la peur de la folie, de la peur face à l’incertitude, la peur de perdre notre définition face aux êtres chers que nous aimons, la peur d’être expulsés de notre famille et de notre société. Nous nous réfugions alors dans l’inertie. Nous quémandons à de faux Maîtres des doses d’aspirine métaphysique, qui nous enlèvent l’angoisse mais qui ne nous changent pas. Nous décorons notre prison mentale avec des tableaux qui représentent des fenêtres ouvertes et des miroirs.

Je te propose cet exercice :
Donne un nom à ton Être essentiel, le plus sublime que tu peux. Ensuite baptise tes quatre égos avec des noms ridicules. Mon intellect, je l’ai appelé pendant très longtemps : “M. Rasoir, l’inquisiteur castrateur”. Une amie mexicaine, de caractère très colérique, a appelé son centre émotionnel “La général Don Pancha Villa”… Je ne te donnerai pas d’autres exemples pour que tu exprimes librement ton imagination créative. Quand tu auras baptisé tes égos intellectuel, émotionnel, sexuel et corporel, tu te rendras compte que tu as beaucoup d’autres sous-égos, comme l’égoïste, la maniaque, le complexé, la timide, le glouton, etc. Baptise-les tous. Cet exercice te fera progresser car tu pourras, de manière objective, identifier ces déviations et souffrir beaucoup moins en te disant, à chaque fois que l’une d’elles te possède, “Celui-là, ce n’est pas moi ! Celle-là, ce n’est pas moi !”.

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