Si la sagesse et l’humour se donnent la main, pourquoi ne voit-on pas le Pape et d’autres autorités sourire plus souvent ?

Alejandro Jodorowsky : Quand j’étais un jeune poète, au Chili, Nicanor Parra m’a dit : « Il est important que tu connaisses cette phrase de Wittgenstein : Le savoir et le rire se confondent ». Je ne sais pas si c’est le grand philosophe qui a dit ceci ou si Nicanor Parra l’a inventée. Le fait est que j’ai presque lu l’oeuvre complète de Wittgenstein sans trouver de tels mots. Freud, à sa manière, a pris les blagues comme quelque chose sérieux ; Bergson a écrit un traité sur le rire ; André Breton, du mouvement surréaliste a exalté l’humour noir ; le gourou Osho incluait dans ses sermons religieux des blagues colorées ; les mystiques soufis utilisent les histoires drôles du sage idiot Nasrudin pour illuminer leurs disciples ; dans les Évangiles on nous présente un Jésus-Christ qui fait rire ses bourreaux, qui, comme s’il était un clown fou, qui le déclarent roi du monde en lui mettant une couronne d’épines sur le tête ; les moines Zen se saoulent au sake et lancent des éclats de rire énormes… Il y a l’humour infantile (maladresses, chutes, adultes qui agissent comme enfants), l’humour sexuel (démonstration de toutes les perversions), l’humour cruel (démonstration de tous les sadismes et des racismes), l’humour critique (sarcasmes sur l’égoïsme humain et sa vanité), et enfin l’humour noir qui est un éloignement de tout ce qui arrive dans la vie humaine, sachant que la mort nous attend, que l’univers est éternel et infini mais que nous sommes éphémères, et que toute idée, doctrine ou croyance, au fil des ans ou des siècles se transformera en quelque chose de ridicule… « D’importantes » personnes, les « autorités », les « grands prêtres » imposent leurs dogmes et réglementent la vie des citoyens, en insinuant que ces ordres sont éternels. Ils n’agissent pas comme des hommes mais comme des dieux. Pour ceci ils doivent feindre être « sérieux », écartant le rire sain de leurs doctrines. J’imagine mal le Pape, au moment de mourir, faire ce qu’a fait un sage chinois de la période Tang. Agonisant, il a dit : « Le moment suprême est arrivé : je vais jouer à mourir ». Puis il s’est mis sur la tête, en élevant ses pieds vers le plafond. Si le Pape actuel se met sur sa mitre, élève ses pieds si luxueusement chaussés vers plafond, laisse sa soutane, attirée par la force de gravité, glisser vers le bas, faisant apparaître les caleçons à fleurs qui recouvrent sa culotte et qu’ainsi, au milieu d’un éclat de rire, il exhale son dernier soupir, je jure que je me convertis au catholicisme.

Réponse d’Alejandro Jodorowsky à Plano Creativo

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s