Cabaret mystique 10 • Pensée magique (6)

Alejandro Jodorowsky :

8.- “Le sommet de l’intelligence est la générosité”

Les chinois anciens conseillaient à qui voulait que leurs affaires aillent bien, de toujours choisir, sans discuter, la partie moins bonne du contrat. Se préoccupant que leurs associés obtiennent le meilleur bénéfice, ils conservaient leurs travaux, grandissant ainsi leurs gains… La générosité, c’est ne rien vouloir pour soi qui ne soit pas possible aussi pour les autres.
Médite bien ce que je vais te conseiller : si quelqu’un te demande que tu lui donnes ou prêtes une quantité déterminée d’argent, donne-lui ce qu’il te demande en ajoutant un peu plus. Si tu lui accordes seulement la quantité qu’il t’a demandé, celui-ci, en étant en situation inférieure à la tienne, se sentant offensé, te détestera d’une certaine manière, sans te remercier. Mais si tu lui donnes un peu plus que ce qu’il te demande, au lieu de garder de la rancune pour la quantité demandée, il te remerciera pour le peu qui tu lui a donné en plus.

La personne qui vit enfermée dans la cage de son ego a quatre grandes craintes :

1.- Crainte de l’espace. L’infini lui devient intolérable. Terrifié par l’absence de formes, il dessine des édifices rectilignes et vit dans des pièces cubiques. Il ne conçoit pas être citoyen de la planète et du Cosmos. S’appuyant sur des traditions caduques, il développe des formes égoïstes de patriotisme.

2.- Crainte du temps. Il remplit sa vie de distractions pour oublier la brièveté de son passage par ce monde. Si son ici est un cube, son maintenant est un dicté par les montres : il a l’impression qu’il a maîtrisé l’éternité en la portant sur son poignet, enfermé dans une machine.

3.- Crainte de la conscience. Il se contente d’utiliser ses dix cellules cérébrales, sans chercher à découvrir les innombrables autres qui ne cessent de faire de mystérieuses connexions dans son cerveau. Il demeure dans sa cage de mots et devient un absurde consommateur, transformant son angoisse en infantilisme.

4.- Crainte de la vie. Il déteste les changements et s’agrippe à ses valeurs ankylosées. Il exhibe ses souffrances avec une fierté vaniteuse, traite d’ “extravagants”, de “fous dangereux” ou de “d’engeance diabolique” ceux qui dédaignent la politique corrompue, qui plaident pour une mutation mentale.

L’individu submergé dans son ego, dans sa rivière de paroles, dans son dialogue intérieur, perd le contact avec le monde réel. Niant la multiplicité du Cosmos, il tend à le simplifier en formules intellectuelles. Mais toute simplification transporte de la souffrance. Vivre dans un égoïste mensonge mental conduit à se croire inférieur, à souffrir de l’angoisse, à se sentir mutilé, à craindre d’être abandonné et de tout perdre.

Cependant, cet ego implanté dans notre être authentique par la famille, la société et la culture, peut devenir une source de bonheur si on le fait muter en injectant dans ses systèmes pétrifiés des pensées, des sentiments et des désirs généreux.

Je te prie de te permettre de penser ce qui suit :

1.- L’espace entier, celui qui occupe l’univers, est mon corps. Je suis cet immense conglomérat de distances et d’astres. Ma limite n’est pas ma peau. Mon esprit s’étend sans limite jusqu’au confins du cosmos. Je suis en tout, je contiens tout. J’aime mon corps infini !

2.- Le temps est ce qui m’arrive à moi. L’univers n’a pas de fin. Rien en lui ne meurt, tout en lui change. Le cosmos, mon corps, change à chaque seconde, je suis en train de changer, jamais je ne mourrai, la mort n’est qu’un concept intellectuel, je suis éternel.

3.- La conscience est le résultat de l’évolution de tous les êtres vivants. Nous, les humains, de mutation en mutation, nous formerons une conscience collective. Moi, individu, j’arriverai à utiliser tous les neurones de mon cerveau, pour devenir, avec toutes les races cosmiques évoluées, un univers d’énergie spirituelle pure, enfanté en vérité par la générosité de la matière.

4.- J’ouvre la cage de l’ego et je m’offre à la vie, je me donne complètement, étant ce que je suis authentiquement, ne voulant rien m’approprier car l’univers est à moi. Ne me sentant pas abandonné(e) car je sais que nous, les êtres, sommes unis ; ne me sentant pas inférieur(e) car je suis le germe de la divinité androgyne ; ne me sentant pas angoissé(e) car je sais que mon cerveau sait tout, peut tout, est tout ; ne me sentant pas mutilé(e) car je suis capable de vivre intégré(e) à l’humanité et au Cosmos.

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