Pourquoi est-il si difficile de trouver des bonnes nouvelles dans la presse quotidienne ?

Alejandro Jodorowsky : Ce qui caractérise les animaux c’est la peur : à chaque instant ils craignent qu’un prédateur les dévore. Seuls les humains qui ont développé leur conscience parviennent à la liberté de vivre sans peur, d’accepter de mourir, de ne pas craindre la perte. Mais cette société industrielle inhumaine exige que les citoyens vivent angoissés, à moitié drogués, infantiles. Manipulés par la peur, ils achètent, consomment, obéissent, remplissent leur vide spirituel avec des jeux idiots, il est facile de les rendre esclaves. Il ne faut pas idéaliser la presse ni aucun autre moyen de communication, ils sont tous manipulés par le grand capitalisme avide. La monnaie actuelle est uniquement symbolique, elle ne représente pas une matière précieuse : elle est le produit de spéculations basées sur les marchés, marchés vampires qui  ne  subsistent que si les humains animaux gardent confiance dans le pouvoir politique constitué par des acteurs marionnettes…. Tout est contaminé par la peur. En premier lieu la peur de l’espace : il nous à été donné un univers infini en constante expansion et on nous éduque pour qu’il nous paraisse naturel de vivre dans quelques mètres carrés ; les villes sont des prisons aux couloirs étroits. On nous apprend la peur du temps : on encense la jeunesse, on maudit la vieillesse, on prône un mielleux « ici et maintenant » nous faisant oublier que la réalisation de la race humaine est dans le futur, et que le but de l’univers est de créer une conscience immortelle. Peur de la pauvreté : on nous contraint à une lutte acharnée contre les autres pour avoir plus de richesses, nous faisant oublier que nos richesses sont le fruit de notre travail commun, elle nous appartiennent également à chacun. On nous bande les yeux pour que nous ne protestions pas parce que quelques « riches » accumulent les bénéfices d’innombrables « pauvres ». Et la pire des peurs, la peur de soi-même : entrer profondément en notre propre esprit, traverser les ténèbres de l’Inconscient, pour trouver notre centre lumineux, libre, nous remplit de terreur car il nous différencie des  autres soumis. On éduque les enfants pour qu’ils soient « comme tout le monde », en les poussant à agresser et à isoler ceux de leurs compagnons qui sont « différents ». Finalement, j’ai la sensation d’ être en train de dire tout ce que nous savons déjà. Ça ne convient pas à la presse quotidienne de publier des nouvelles positives, car elles diminuent l’angoisse et les gens arrêtent d’acheter leurs papiers hypocritement manipulateurs. Il n’y a pas de « système » idéal. Il y a des êtres humains qui ont le devoir de changer ce monde fallacieux, en luttant contre cette peur animale qui nous est injectée quotidiennement.

Publicités

2 réflexions sur “Pourquoi est-il si difficile de trouver des bonnes nouvelles dans la presse quotidienne ?

  1. Wouah, total respect !
    Salut, je lis actuellement ‘De la Cage au Grand Ecran’, excellent recueil d’entretiens sur le cinéma d’Alejandro Jodorowsky. Question : le projet ‘King Shot’ produit par David Lynch est-il toujours d’actualité ?

  2. bjr j’ai lu votre texte. En effet, nous ne vivons pas dans un monde rose et ce que vous dîtes sur la peur de soi même est essentiel. Mais je reste sceptique sur certaines de vos conclusions. Tout d’abord, je ne crois pas que l’homme soit uniquement caractérisé par la peur ; tout comme Kant je le crois aussi capable de faire usage de sa raison ou tout comme socrate je le crois capable d’ironie et de ne pas être uniquement l’esclave de ses peurs. Ensuite, je reste sceptique quant à la thèse sur la manipulation des média (ressassé par I. Ramonet, N. Chomsky, Noami Klein). c’est clair qu’elle permet pas mal de facilités intellectuelles mais elle reste intellectuellement pauvre. Je préfère avoir une vision déshomogénisante des média et me dire que même s’il y a des dictats des annonceurs, il reste aussi une vision déontologique propre des journalistes (thèse de C. Lemieux) et certains d’entre eux, dans des pays dictatoriaux, sont des acteurs essentiels de la démocratie. Sans parler du fait que pas mal de gens restent indifférents face à cette « peur » que certains média mais surtout certains discours des hommes politiques (il faut le dire) veulent nous injecter. Enfin, pour parler de l’éducation des enfants, je pense qu’il y a autant de manière de les éduquer qu’il y a d’étoiles dans le ciel. Votre texte semble passer à côté de l’hétérogénéité des pratiques sociales.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s