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Major Fatal : La cassette de Jodorowsky • Juillet 1979 13 mars 2012

 

On ne raconte plus l’amitié très créative qui unit les destins de Mœbius et du réalisateur/scénariste/écrivain Alejandro Jodorowsky. Depuis l’année passée ensemble à travailler sur le mythique projet du film Dune, leurs œuvres se pénètrent et s’entrecroisent avec régularité… Affiche de Mœbius pour le film Tusk, préface de Jodorowsky à l’édition luxe d’un album de Blueberry… Collaboration qui atteint son point culminant avec la série des aventures de John Difool que publie Métal Hurlant. Mais il y a mieux : nos deux hommes s’envoient des cassettes ! Ils se délivrent des messages parlés pour se pousser encore plus avant… Il aurait été dommage, alors que nous rééditons Major Fatal de ne pas décrypter la bande magnétique Agfa Low Noise Special (C90) qu’Alejandro Jodorowsky avait dictée à l’attention de Jean Giraud immédiatement après avoir tourné la dernière page du Garage

 

“Est-ce que le magnétophone marche ? Ah oui… Cher Mœbius, je viens de finir de lire ton “Major Fatal” et je désirais en parler, principalement du Garage Hermétique, encore qu’à lire Paradis 9 ou La chasse aux français en vacances, dont beaucoup de dessinateurs se sont inspirés par la suite, on retrouve aussi l’esprit de ton œuvre. Mais après avoir lu le Garage Hermétique je voulais sur le champ t’écrire une lettre exprimant le plaisir qu’il m’a procuré, et maintenant que j’ai le micro devant moi, je me rends compte que c’est tellement complexe que je ne sais pas par où commencer. Le sentiment que j’ai eu au sortir de la lecture de l’album c’est qu’il représente un sommet de la B.D., à tous le moins de la littérature graphique. Exceptionnellement j’avais la sensation de rentrer en contact avec un être humain qui exprimerait dans son œuvre de façon géniale et j’insiste sur le génial, une conception d’un univers formel avec des coïncidences voulues ou fruits du hasard. cet univers se compose d’éléments d’ésotérisme, de conceptions actuelles ou scientifiques sur la formation du monde, de données arithmétiques, mais crachées d’une façon hermétique, sans les évoquer directement.”

“Dès le début, on a une conception optique du développement de l’histoire ; de l’esprit de l’écriture ; je comparerai cela à mon film La Montagne Sacrée. tout le film est un parcours, une chasse, peut-être un schéma d’écriture, on laisse des traces dans le sable et le lecteur ou le spectateur voit ces signes, mais pas globalement. une vision complète est inexprimable, impossible. Il y a une activité de l’inconscient ou du supra-conscient, comme tu veux, pour représenter la naissance d’un univers. En même temps qu’on voit ta bande dessinée, comme en transparence on observe le processus de l’artiste qui se met à nu.”

“Je pense que je peux comparer ce processus à celui de peintres comme Vermeer opposé à Rembrandt. La peinture de Vermeer ce sont des coups de pinceau bien léchés, le travail du peintre disparait, c’est tellement parfait qu’on ne peut savoir comment c’est fait. dans la peinture de Rembrandt on sent les coups de pinceau, on voit le passé du peintre, sa technique, ses teintes qui évoluent, la dégradation future, la “décomposition”. Dans le Garage Hermétique cet état de décomposition est totalement montré, exposé comme dans un corps en pleine putréfaction. C’est la fin apocalyptique dans une réalité dont on ne sait pas si elles est angoissante ou non. Je n’évoque pas l’apocalypse biblique, avec la promesse d’une Jérusalem Céleste, mais d’un univers, d’une réalité hermétique. Par exemple il y a ce métro souterrain dont on ne sait pas où il va, ni sur quoi il débouche.”

“Je donne peu à peu l’impression que j’ai eue à la lecture de l’album d’une œuvre énormément riche, mais je n’ai pas encore parlé de la maîtrise du dessin qui de page en page progresse, avec des chutes, des digressions, des thèmes maîtrisés, une construction parallèle au travail des peintres du Moyen-âge qui soignaient le moindre détail. Chaque détail a son importance dans le cadre, du fait de la croyance que Dieu était vivant même dans le plus infime détail.”

“C’est moyenâgeux, ta façon de n’omettre aucun détail, aucun personnage, aucun thème, qui s’ils sont évoqués dès début, réapparaîtront volontairement dans le cours du récit mais ne seront jamais abandonnés. je pense par exemple à la petite voiture qui explose au tout début et que l’on retrouve vers la fin.”

“Tout cela a une ordonnance cosmique, spirituelle et pas seulement une veine comique caricaturale. Tout s’organise en un drame cosmique, le drame de la prise de conscience. Les antagonistes, Grubert et Cornélius vont se retrouver à la fin, pour jouer le blanc et le noir, le yin et le yang. Autre mutation, l’homme qui a brûlé la voiture devient une femme. C’est le monde des transformations, des mutations. Les niveaux d’intrigue font référence à l’âge d’or des romans policiers ou encore aux récits de Lewis Caroll, Alice au Pays des Merveilles et bien sûr, À travers le miroir. L’intrigue n’est jamais comprise, elle reste un mystère avec des racines invisibles, l’écrivain lui-même, nous donne la sensation de ne pas savoir où va le récit. Le comique de la situation est décrit avec l’inconscient ou encore le supra-conscient et l’artiste peu à peu devient serviteur de l’œuvre et c’est l’œuvre qui s’impose à lui et s’exprime toute seule. L’écrivain reçoit de son inconscient des fixations érotiques et sexuelles… libidinales, et il reçoit du supra-conscient toutes les références au schéma initiatique. L’album est une sorte de schéma initiatique, à la fois pour le dessinateur et pour le lecteur, une initiation à la fois cosmique et à la création artistique. J’ai eu  un moment de grande émotion semblable lorsque j’ai vu la Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone. pour moi, Gaudi est le premier artiste à dédier sa cathédrale à l’Art uniquement. Dieu n’est nulle part. Il s’agit uniquement de pierres au service de l’Art, à l’exclusion de tout message religieux, à la différence de Notre-Dame de Paris, par exemple, construite avec toute une connaissance alchimique et ésotérique. Dans le Garage Hermétique de Jerry Cornélius, je vois une initiation comparable aux contes de Hoffman dans son plus petit degré, une initiation à la bande dessinée avec toutes ses possibilités. Moi qui ait lu des tonnes de B.D. j’ai été très surpris par la scène du robot où l’on voit un homme en train de courir en parlant d’une manière schizophrène, avec une double personnalité, puis une image s’insère, et ce sont deux personnages qui parlent dont on ne sait d’où ils viennent, puis à la page numéro 2 on s’aperçoit qu’il s’agit en fait d’un robot et que ces deux personnages étaient dans sa tête. Rien n’est donné gratuitement dans ton album. Il faut le lire et le relire à nouveau, c’est insaisissable en une seule fois. la lecture n’est pas linéaire, et justement je voulais comparer ton œuvre à la Montagne Sacrée parce que c’est aussi un film qui ne peut être saisi en un seul regard.”

“Volontairement la richesse des thèmes abordés, des personnages, des situations, des images n’étaient pas lisibles en une seule fois. comme un tableau de Magritte, qu’on ne peut regarder d’un coup. Le lecteur de l’album doit être attentif. Par exemple, il y a cette scène où tous les personnages sont assis, et plus loin, dans un autre cadre ils sont aussi assis mais dans une position différent, en train de lire. Et là, tu as même donné la vie aux figurants ! cela demande une grande observation de la part du lecteur. rien ne lui est donné, il doit faire un grand travail !”

“Pour moi, ton album représente le sommet de la bande dessinée contemporaine. Il ouvre un chemin incroyable et sera recherché comme une pierre fondamentale d’une nouvelle culture. Ce livre critique toute la bande dessinée existant déjà. Parce que le dessinateur s’y est donné une liberté totale en opposition aux règles formelles du reste du genre. Et cette critique du style de la B.D., elle vient du fait que le Garage Hermétique n’est pas une bande comique, ni artistique, ni épique ou dramatique : c’est tout cela à la fois. Tous les personnages, tous les thèmes et même certains objets se développent sans contrainte de canons artistiques. Et puis bien sûr, il y a une veine caricaturale, réservée aux connaisseurs… On peut voir passer des références, des hommages à de grands dessinateurs. Ainsi ces lettres immenses, qui rappellent les titres du Spirit de Will Eisner… Mais surtout, Le Garage est une critique énorme, sociale, religieuse du Monde. Tout est en état de se démolir, ce qui est absurde. Mais à l’intérieur du récit, tout est logique, de la logique du Rêve. Peut-être faut-il aussi y voir l’histoire du dessinateur lui-même, qui se divise en personnages divers, parties diverses de lui-même pour arriver à trouver une cohérence dans la réalité banale de la vie quotidienne… Tiens, ce numéro 9, sur la porte de la chambre… Il n’est pas là par hasard. On sait que le 9 a une interprétation kabbalistique bien précise…”

“Voilà. Tout ce que j’ai évoqué là, c’est le grand plaisir que j’ai pris à lire ta bande dessinée. Et maintenant, bien sûr, il faudrait prendre le temps d’en faire une analyse minutieuse, chapitre par chapitre… Oui… Oui…”

 

Alejandro Jodorowsky • Juillet 1979 •
Transcription parue dans “Œuvres complètes de Mœbius Tome 3 : Major Fatal” Les Humanoïdes Associés – 1984

 

L’Incal : un arbre généalogique 13 mars 2012

Outre le Tarot, Jodorowsky étudie l’arbre généalogique des personnes d’un point de vue très particulier : “L’individu n’est pas pas un simple individu mais un arbre généalogique”, annonce-t-il. “Les forces de nos parents demeurent vivantes en nous. Si l’on est issu d’une souche d’enfants uniques pendant des générations, on compte au moins quatorze entités en train d’agir en nous : deux parents, quatre grands-parents et huit arrière grands-parents. Ils sont dans notre vie des forces à la fois positives et négatives. Ces personnes vont s’unir pour former un vaisseau et c’est ce navire qui porte chaque être vers l’infini. J’ai fait l’expérience avec Mœbius. J’ai réuni 21 élèves et j’ai fait jouer Mœbius avec ces 21 personnes censées correspondre chacune à un personnage de sa famille. Nous formions le “vaisseau spatial” dans lequel navigue Mœbius !”

Mœbius raconte lui-même cette expérience : “Depuis des années, Alejandro fait des thérapies, en partant du Tarot combiné à des massages, reliées à l’émotion, à l’énergie et à une exploration systématique de l’arbre généalogique, c’est à dire de l’histoire familiale de chacun. Il en émerge le lien entre les relations parentales et nos propres actions, la répétition de certaines actions, etc. Cela peut aider à comprendre l’origine de certaines compulsions, ce qui facilite le chemin pour s’en libérer ou éviter l’auto-destruction”.

“J’étais dans une période de crise par rapport à mon histoire personnelle et Alejandro s’est déclaré disposé à m’aider à réaliser une exploration de mon arbre généalogique. Les circonstances étaient favorables : je me trouvais à Paris et je traversais une crise personnelle et émotionnelle. Cela a été un grand moment de ma vie. Je ne m’attendais à rien de spécial et vraiment pas à quelque chose d’aussi puissant, juste et extraordinaire. De plus, le rapport avec l’Incal, a émergé avec force. Nous nous sommes aperçus en écrivant le scénario de l’Incal, d’une certaine façon, qu’Alejandro était entré en transe et en communication télépathique avec mon psychisme. D’une manière quasi magique, l’Incal a retranscrit des éléments de mon histoire personnelle telle qu’Alejandro a pu la capter, donc passée à travers son propre filtre. De fait, on a toujours besoin de quelqu’un pour nous renvoyer un reflet de nous-même, souvent plus complet que ce que l’on peut percevoir seul.”

“L’expérience a duré plusieurs jours et tout raconter serait difficile mais, par rapport à l’Incal, un point est apparu de façon très spectaculaire : le Méta-baron est mon grand-père. Quand Alejandro m’a demandé de dessiner ce dernier, c’est le Méta-Baron qui est apparu avec netteté, le même visage, les mêmes traits. Alejandro m’avait demandé de représenter ma vision de ma mère, de mon père et ainsi de suite. Non pas un portrait psychologique ou caricatural, mais plutôt une impression d’eux, que j’aurais ressentie étant enfant. Il aurait pu surgir un dessin abstrait ou un gribouillis, là ce sont des représentations figuratives très jetées qui sont sorties. Je ne passais pas plus de quinze secondes par dessin et on aurait été bien mal d’y retrouver du Mœbius ou du Gir mais, très bizarrement, le Méta-Baron a surgi avec netteté. Dans les mystères de l’Incal, il y a mon grand-père en balade. Enfant, il me faisait peur, je le craignais. J’avais l’impression qu’il ne m’écoutait pas ou qu’il m’écoutait trop, je ne sais pas. il y avait une distorsion entre la façon dont il me percevait et celle dont j’aurais voulu qu’il me perçoive. En dessinant pour le Méta-Baron une oreille encapuchonnée de métal, comme s’il avait une infirmité ou, au contraire, une oreille artificielle superlative, je signifiais une révolte de l’enfant.”

“De même, il existait des rapports entre Animah et Tanatah, les deux sœurs et ma mère.
Elles représentent les deux faces de ma mère. J’ai retrouvé des éléments personnels en John Difool, des traits de mon père mais aussi ceux d’un autre homme avec qui ma mère a vécu un certain temps et qui, physiquement, ressemble étrangement à Difool. Ou plutôt à qui Difool ressemble ! La chose s’est faite involontairement. Je me suis toujours demandé pourquoi j’avais choisi ce visage à priori anti-commercial, pas vraiment sympathique, ni agréable à regarder, ni même agréable ou facile à dessiner. En tout cas, c’est par le biais du dessin que mes relations familiales ont émergé. Peut-être est-ce dû au fait que chez moi le dessin est relié au niveau le plus inconscient. Mes dessins ne sont pas toujours ce que je voulais faire ; ils sont ce que j’ai réussi à faire en dépit des obstacles que je rencontre. Par exemple, j’aurais pu dessiner Kill-le-chien comme un bâtard quelconque mais, très spontanément, je me suis dit : je vais faire un chien-loup. Exactement le chien qu’avait mon grand père. Kill aussi a un trou dans l’oreille, toujours ce problème de l’écoute. Là, c’est l’oreille gauche. Ce travail de l’inconscient est un peu ce que Castaneda appelle : être en accord avec l’intention. Le monde nous renvoie constamment des signes de reconnaissance.”

Ajoutons simplement que, dans les carnets préparatoires à l’Incal, le personnage de Raïmo est désigné tout d’abord par le nom de Raïmon ; or Raymond est le prénom du père de Jean Giraud – qui dit avoir mis dans ce personnage relevant pour lui du rebelle pontifiant, raide, ridicule et sans existence, l’image de son père – image un peu lointaine et absente d’un homme qui faisait des discours.

Le cycle de l’Incal est un rêve qui a pris une forme dessinée en passant par le corps d’un artiste. réceptacle des secrets familiaux et des émotions profondes de ses créateurs, remodelé à travers une possible fonction narcissique ou cathartique, l’Incal pourrait apparaître à ce niveau comme un tissu hybride. Mais les différents éléments, nous l’avons assez montré, sont puissamment imbriqués et il serait dès lors logique de découvrir un authentique point de jonction entre Jodorowsky et Mœbius dans la trame d’un roman psychique commun.
Hypothèse vérifiée dans la dernière partie du cycle autour de la recherche d’une figure paternelle forte et magistrale, éclatant en une pleine page éblouissante où surgit Orh, figure virile et paternelle par excellence. À cet instant, l’Incal (les deux pyramides du rêve d’Alejandro, sa “signature”) et John Difool (Jean le fou, “signature” de Mœbius) sont réunis. Orh s’adresse à eux : “C’est moi qui vous ai attirés ici dès le commencement”. Puis à l’Incal : “Toi mon fils bien aimé (…) Absorbe-moi, prends ma place”. Cette réconciliation prononcée, puis le détachement de Difool à qui il est enjoint d’apprendre à se souvenir, marquent assurément la fusion de deux créateurs autour d’une même image paternelle, sinon la jonction plus large à un grand symbole collectif.

Jean Annestay • Les mystères de l’Incal – Éditions Les Humanoïdes Associés

 

POÉSOPHIE : EAU (poésophème 2) 8 janvier 2012

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Si tu es eau n’accepte pas d’imiter les rochers
Si tu es rocher, n’essaye pas de t’écouler.
La langue molle n’imite pas les dents.
Les dents dures n’imitent pas la langue.
Entre la langue et les dents, l’aliment.
Entre la nuit et le jour, l’aube.
Entre le jour et la nuit, la tombée du jour.
Ni dans ce qui fut ni dans ce qui seras, dans ce qui est.
Entre rationnel et intuitif, ouvert au miracle.
La matière est beauté, l’immatériel est vérité.
Alejandro Jodorowsky

Imagen: Jeff Friessen

 

Lors de vos lectures, vous demandez parfois au gens d’accomplir des actes pour le moins surréalistes… 29 juin 2011

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Lors de vos lectures, vous demandez parfois au gens d’accomplir des actes pour le moins surréalistes…
Alejandro Jodorowsky : Bueno. Ca semble surréaliste parce que ces actes ne sont pas rationnels. Je donne des métaphores pour parler à l’inconscient. Et l’inconscient n’est pas rationnel. L’inconscient est surréaliste. Il n’obéit pas aux lois du quotidien. Et même le quotidien est surréaliste. Je viens de lire dans le journal qu’il y a deux jours, un jumeau en bicyclette a été écrasé par un camion. Et qu’au même endroit deux heures plus tard, son frère s’était fait écraser par un autre camion. C’est complètement surréaliste. Le quotidien est plein de miracles, de choses impossibles, de choses bizarres. Il n’y a pas de limite entre le réel et le magique.

Extrait d’une interview pour le journal PRISM ESCAPE #1

INTERVIEW COMPLÈTE

 

Psychomagie sociale : “Des femmes vêtues en Papesse au Vatican” 5 mai 2011

Nous souhaitons rassembler le plus grand nombre de participants pour cet acte de psychomagie sociale qui prétend commencer à redonner l’équilibre entre les femmes et les hommes dans la spiritualité humaine / leur vie spirituelle. Nous avons demandé à Alejandro Jodorowsky le sens de cet acte :

“Saint Paul affirme dans 1 Corinthiens (11:3) :

« Je veux cependant que vous sachiez que le chef de tout homme , c’est le Christ ; et que le chef de la femme, c’est l’homme ; … ».

Par ces paroles, l’homme a une grande possibilité d’entrer en relation avec Dieu, mais la femme doit être en contact avec l’homme pour que celui-ci lui permette d’entrer en contact avec Dieu…. Les paroles de Saint Paul ont guidé l’église, qui les a appliquées au pied de la lettre : les hommes ont droit au sacerdoce, les femmes non.
La vie spirituelle de la chrétienté (et avec le même mépris de l’esprit féminin dans presque toutes les autres religions) est dirigée par le vicaire d’un Dieu Père, un Pape, sans que lui soit donné de représentante de l’autre moitié de l’humanité, c’est à dire les femmes, incarnées en Papesses. La Déesse-Mère fût chassée des crédos il y a déjà des millénaires. Il est temps que cette situation change. On ne peut pas édifier une société saine sur la base du mépris de la spiritualité féminine et de son intelligence subtile. Si notre civilisation se définit par la religion – nous vivons dans un monde judéo-chrétien, dans les tribunaux on jure de prêter serment en posant la paume de la main sur une Bible et l’Église intervient dans la vie politique – les femmes doivent reprendre la place qui leur est due : ne pas être considérées par le « sexe opposé » comme superficielles, bavardes, détentrices de tentations diaboliques, exaltées seulement par leur virginité ou par leur qualité de mère. La femme apporte à la vie spirituelle la différence complémentaire et cela doit être reconnu. Il ne s’agit pas d’aller à l’encontre de la religion, mais de l’enrichir, de l’équilibrer, de la rendre juste. Pour toutes ces raisons, l’acte pacifique de psychomagie sociale, qui consiste à ce que le plus grand nombre de femmes visitent en silence et dans le respect le Vatican, vêtues en Papesse, donnera une leçon de guérison au monde et assurément, sera bénie par Dieu et par toutes les générations de filles qui suivront qui pourront grandir sans que la société ne les dévalorise… Si cet acte se réalise, il devrait se répéter à la même date chaque année. Ce qui est évident, n’a pas besoin de paroles : il suffit de la présence muette de milliers de Papesses pour que la dignité religieuse soit  retrouvée.”

ESPACE VIRTUEL POUR CENTRALISER LA LOGISTIQUE DE L’ÉVÈNEMENT (EN ESPAGNOL)

 

cabaret mystique 7 • Pensée magique (3) 1 mai 2011

Alejandro Jodorowsky :
5. “Tout est vivant ”.
Non seulement tout est vivant, mais tout change aussi, aucune forme n’est permanente, tout grandit, se maintient, se fane, se transforme en autre chose. Les objets qui nous entourent établissent, à leur manière, des liens avec nous. Ces liens nous aident à grandir, à nous maintenir vivant, et ensuite nous dépérissons de manière équilibrée pour faire place à une nouvelle forme de vie. Si vous vous comportez ainsi, vous êtes positifs, mais si vous persistez à demeurer sans accepter le changement, vous êtes néfastes… Grandir et seulement grandir, essayant de ne jamais cesser de se développer, conduit à des catastrophes. Se maintenir dans ce qu’on considère qu’on est, éliminant de nouveaux apports et pertes nécessaires, conduit à la pétrification. Se donner à la destruction sans laisser naître la nouveauté, est néfaste…
Ce que nous avons de plus précieux c’est la vie. Nous devons la respecter, pas seulement la nôtre, mais la vie de tout ce que naît continuellement, se maintient un temps, puis périt… Nous devons apprendre à traiter les objets personnels avec la même délicatesse que celle avec laquelle nous traitons un enfant. Les objets inutiles sont des envahisseurs, ils dévorent une partie de notre énergie. Les objets que nous traitons de manière distraite, brusquement, se vengent en nous causant des accidents. Mais si nous les traitons avec respect, ils deviennent nos alliés, nous octroyant des valeurs.
La cérémonie japonaise du thé, est un acte magique basé sur le respect des objets et la reconnaissance de leur vie secrète. Le Maître du Thé, devant quelques invités, fait bouillir de l’eau et avec des gestes précis, essentiels, fabrique un thé simple, qui par l’intense attention avec laquelle il le fait, devient un élixir sacré. À l’époque où je travaillais avec le mime Marcel Marceau, j’ai assisté à une de ces cérémonies. Voir la beauté avec laquelle le Maître manipule ses cuillers en bois, son fouet pour mélanger le thé vert en poudre avec l’eau bouillante, sa manière révérencielle de lever la bouilloire, la tendresse avec laquelle il prit la tasse qu’il m’offrit, ont changé à jamais ma conception de la vie. Cette même attention intense et respectueuse pouvait se percevoir dans les objets qui accompagnaientt le Maître dans la pièce, une fleur exquise, un paysage peint avec de sobres traits noirs sur une simple feuille de bon papier, jamais d’ornement superflu, aucune lumière blessante, et, en tout, le calme guérisseur d’un temps perçu comme éternel.
Je te recommande cet exercice :
Parcours l’endroit où tu habites. Imagine que tous les meubles et les objets sont vivants, désireux de communiquer avec toi. Dis quelques phrases à chacun d’eux les remerciant de leur aide et en leur expliquant en quoi ils te sont utiles. Aux objets ou aux meubles qui sont de trop ou te sont inutiles, demande-leur pardon de les forcer à vivre sur un territoire qui ne leur correspond pas et le plus vite possible, donnes-les à qui les appréciera et les utilisera bien. Fais la même chose avec tes vêtements, avec tes livres, tes disques, tes accessoires de cuisine…
Je te l’assure : si tu te détaches de ce qui ne te sert pas et gardes seulement ce qui t’es utile, tu apprendras à faire de même avec les personnes qui t’entourent, ensuite ton esprit, et ta mémoire. Sans objets inutiles, ton foyer devient immédiatement un temple. Sans vêtements et décorations inutiles, ton aspect devient celui d’une personne sacrée. Sans pensées, ni sentiments, ni désirs inutiles, tu acquiers la santé physique et mentale, tu connais la joie de vivre.

 

Cabaret Mystique 6 • Pensée Magique (2) 23 avril 2011

Alejandro Jodorowsky
3.- “Tout est connecté avec tout”.
Ce que tu fais ici provoque un écho là bas. Des liens invisibles nous unissent à toutes les choses de cette planète et du Cosmos. Tout ce qui arrive dans le monde t’affecte. Il n’y a pas une seule personne, du présent du passé ou du futur, avec laquelle tu n’es pas en relation. Ce que tu donnes ou fais aux autres, tu te le donnes ou fais à toi-même. Cependant, pour pouvoir vivre ta propre vie, il t’est nécessaire de créer ton “jardin secret”. Si tu ne le fais pas, tu es envahi par tes parents, tes amis, ton chef, n’importe quel intrus, profiteur ou égo charismatique. Rempli de ces personnages, tu cesses d’être toi-même. Quand en amour tu poursuis la symbiose totale, tu commets une erreur. La solitude intérieure est absolument nécessaire. Tu dois apprendre à te défendre psychiquement et matériellement pour ne pas être envahi. Ce n’est pas de l’égoïsme mais de la survie. Tu dois avoir quelque chose qui soit seulement à toi, même si, pour commencer, c’est n’est qu’un petit objet, un coin, un animal, une plante.
J’ai connu un guérisseur mexicain, Carlos Said, qui, avant de guérir ses patients avec des rites, fumigations et herbes, leur enroulait autour du cou une grosse corde avec un nœud coulant en leur disant : “Ce nœud t’indique que cette maladie est la tienne et pas la mienne. Ce n’est pas moi qui vais la guérir, elle t’appartient. Tu comprends ? Tu es malade car tu n’as pas su soigner ce qui est à toi”. La maladie est la recherche désespérée pour avoir un territoire personnel. La première chose que tu dois faire pour donner quelque chose aux autres, c’est d’être capable de te le donner à toi-même.

4. “Tout est possible”.
Certes, pour que tout te soit possible il est nécessaire que les autres croient que ceci est vrai. Si tu veux qu’une chose soit possible, tu dois faire croire aux autres que tu peux le faire. Si les autres ne le croient pas, tu n’y parviendras pas. Ton travail alors, te rendant compte que l’énergie cosmique est partout, consistera en te convaincre que ce que tu fais est bien. Réunissant toutes tes forces, faisant des provisions de toute ta volonté, te coupant de l’inertie du passé, des nombreuses répétitions dans lesquelles s’embourbe ta famille, des angoisses que te provoque le futur, tu te submergeras dans le présent en te disant : “Si ce n’est pas maintenant, quand ? ; si ce n’est pas ici, où ? ; si ce n’est pas moi, qui ? Maintenant, ici-même est mon pouvoir. Je l’accepte et je l’absorbe. Ce présent dans lequel je vis est le même présent pour tous les êtres de l’univers, toute la matière cosmique. Cet immense pouvoir vital est en moi, dans mon corps et dans mon esprit. Je peux changer immédiatement ce qui est un poids, une habitude inutile qui me submerge dans le passé, toute défense d’être ce qu’en vérité je suis par peur de perdre, à cesser d’avoir, à être exclu(e). Je prendrai de toutes mes forces, maintenant, la décision de cesser de fumer, de dépendre émotionnellement de personne qui reconnaissent mes valeurs, de me plaindre que personne ne m’aime parce que j’ai le cœur fermé, de chercher des chefs, de mendier du travail au lieu de créer mes propres activités, etc… C’est à ce moment que je commence à me respecter… Avec qui je vis ? Qui est-ce que je fréquente ? Me rendent-ils la vie plus joyeuse ? Je me séparerai de ceux qui par leurs paroles ou leurs actes m’enlèvent la joie de vivre. Si une “amie” vient me voir pour remplir son temps et me parler d’elle-même pendant des heures, sans s’intéresser à moi, j’interromprai son bavardage en lui disant : “Il y a bon moment que tu ne me parles que de toi, tu m’as déjà vampirisé trop de temps, assez !, je romps avec toi, vas-t’en, je ne te saluerai plus”. Si tu ne sens pas avec l’autorité suffisante pour atteindre le pouvoir personnel, fais cet exercice : Donne des ordres anticipés à ce qui va naturellement arriver. Lève-toi très tôt et avant le lever du soleil, crie vers l’horizon: “J’ordonne que le soleil se lève !” Dès que tu sentiras tomber quelques gouttes, regarde vers le ciel et dit : “J’ordonne qu’il commence à pleuvoir”. Place-toi dans une rue achalandée et regarde passer les voitures en disant: “J’ordonne que les voitures avancent”. Si un patron te parle mal, pense : “J’ordonne que ce patron soit désagréable !” C’est ainsi comment tu apprendras à croire en toi-même. Après un certain temps, te sentant sûr de toi, tu pourras te dire : “Je m’ordonne de bien réaliser ceci ! La réalité peut m’obéir !”. Et la réalité t’obéira.

Image : TJ Scott

 

Cabaret mystique 5 • Pensée magique (1) 21 avril 2011

Alejandro Jodorowsky : Dans notre monde, conduit presque exclusivement par les mots, la sèche rationalité nous fait souffrir. Pour obtenir un peu de bonheur nous devons adoucir la réalité avec notre intuition. Je considère utile d’énumérer quelques lois magiques :

1.- “Le monde est ce que nous pensons qu’il est. Nous ne vivons pas dans la réalité sinon dans le concept que nous avons de la réalité.”
Mercredi dernier, lors d’une lecture gratuite de Tarot, une jeune femme m’a dit qu’elle était possédée par un sorcier. Je n’ai pas discuté, je ne me suis pas moqué d’elle, je ne l’ai pas traitée de folle je lui ai simplement répondu : “C’est vrai, tu es possédée. Voyons comment je peux t’aider.” Nous devons accepter la personne dans le monde qu’elle conçoit et projette. Je ne nie jamais ce que me dit le consultant, j’accepte son monde, “Personne ne m’aime”- “Oui, personne ne t’aime, mais voyons ce qu’on peut faire pour qu’on t’aime.”… “Je suis un incapable”- “Oui, tu es un incapable, nous allons voir comment tu peux développer tes capacités”…
Il suffit d’une action dans le monde, pour que le monde commence à changer et t’aider à faire ce que tu désires. Si tu veux triompher, le monde t’aidera à triompher. Si tu veux échouer, le monde t’aidera à échouer.
Nous vivons la réalité comme si elle était un rêve. Nous pouvons faire d’elle un cauchemar, un rêve agréable ou un rêve lucide.
Si tu es au chômage, pens e: “Pourquoi je rêve que personne ne veut me donner un emploi ?” Si on te vole quelque chose, par exemple, ton sac à main, demande-toi: “Pourquoi j’ai rêvé qu’on m’a volé mon sac à main ?”, et tu trouveras la réponse du pourquoi tu as provoqué cela. De tout ce qui nous arrive, d’une certaine manière, plus ou moins importante, nous sommes complices.
Un aveugle, qui marche dans un désert immense, exclame avec joie: “Quelle belle plage !”

2.- “Tous les systèmes sont arbitraires”.
Il n’y a pas un seul système qui soit totalement juste. Dans un univers infini, tout ordre est artificiel. Aucune pensée ne peut avoir une structure inamovible. Mais tu peux utiliser des vérités utiles, qui durent un temps limité, à la fin duquel tu dois les substituer par d’autres, vu que les antérieures sont périmées. Qui s’accroche avec entêtement à ses idées, perd la joie de vivre.
La vérité est celle que tu décides qu’à un moment donné est la vérité, c’est à dire celle qui est utile pour toi, pour les autres et pour la planète. Comme les systèmes sont arbitraires, tu peux à tout moment changer tes lois, tes croyances, tes contrats émotionnels. Quand les idées ne servent plus, nous les éliminons. Pour faire progresser le monde, tu dois réveiller ton esprit sans l’attacher nulle part.
Dans un univers sans limites, que peux-tu faire ? Tu peux créer des limites utiles.
Un aveugle qui est au milieu d’un désert plat, pleure parce qu’il ne trouve pas de limites qui puissent le guider.
Crée des limites qui te permettent de subsister, mais ne deviens pas esclave d’elles.

Image : Laura Kok

 

Les affaires peuvent être sacrées 15 août 2010

Filed under: Alejandro Jodorowsky — planscreateurs @ 15 h 14 min
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« Les affaires peuvent être sacrées, quand elles ne le sont pas le commerçant est un exploiteur. Le commerçant peut se transformer en thérapeute quand il fait des choses qui font du bien aux personnes et qu’elles leur sont utiles. Les affaires sont aussi un art puisqu’en elles se mélangent esthétique et éthique. Les affaires sans éthique sont inutiles. »

Alejandro Jodorowsky

 

L’essence de la psychomagie 22 avril 2010

Nous ne sommes pas vraiment conscients que notre arbre généalogique décide à notre place dans notre vie.

Quand nous sommes face à un dilemme nous ne le voyons pas avec notre propre regard, en réalité c’est notre arbre généalogique qui prend la décision. Décision basée sur le poids du passé, dans la répétition. Cela nous fait stagner, entrer dans des dynamiques répétitives, donnant toujours la même réponse à un même problème.

Face aux blessures nous avons deux options, les guérir ou les exalter en les transformant en quelque chose d’artistique. Il sera toujours mieux de guérir que de traiter, puisque tout traitement cherche seulement à nous maintenir tels que nous sommes, sans véritable mutation ou transformation de l’être .

Pour atteindre cette mutation recherchée nous pouvons nous servir de la psychomagie. Comme le dit Alejandro Jodorowsky :

« Quand nous faisons quelque chose que nous n’avons jamais fait avant, nous sommes déjà sur le chemin de la guérison ».

L’effet de surprise est très important pour pouvoir sortir de ces cercles qui apparaissent sous forme d’habitudes mentales, émotionnelles, sexuelles et corporelles. Il nous dit qu’au moment où nous rompons ces limites qu’on nous a imposé dans notre famille, société et culture, nous découvrons que nous sommes aussi infinis que l’univers.

Jodorowsky dit les mots suivants :

« Il faut faire quelque chose que nous n’avons jamais fait avant et plus difficile ce sera, meilleur ce sera ».

Là est l’essence de la psychomagie, parvenir à sortir du moule dans lequel nous sommes engoncés.

ACTES PSYCHOMAGIQUES

 

 
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